Évaluer le stress au travail : l’épuisement professionnel des employés depuis la pandémie

Publié le 2022-04-13 par Tessa Anaya

Cela fait plus de deux ans que la pandémie de COVID-19 sévit. Depuis 2020, son impact sur la santé mentale des Canadiens et des Québécois se fait ressentir. Gérer les niveaux de stress des employés et fournir un accompagnement psychologique incombe aux directeurs et aux responsables des ressources humaines. Comment les petites et moyennes entreprises (PME) relèvent-elles ce nouveau défi?

Comment les Québécois gèrent-ils leur stress au travail depuis la pandémie?

Les restrictions relatives à la COVID-19 commencent à être allégées dans le pays, mais les effets de la pandémie sur la santé mentale pourraient perdurer. Le risque d’infection persiste, et cette peur d’être contaminé, associée aux nombreux bouleversements sociétaux actuels, peut rendre ingérable la gestion du stress en entreprise. Dans une étude précédente, Capterra a relevé que près des trois quarts des employés travaillant à distance ont rapporté un épuisement professionnel en 2020.

Pour mieux comprendre comment l’évolution de la pandémie a affecté le niveau de stress des employés au travail, nous avons interrogé 1 100 Canadiens (dont 145 Québécois) travaillant dans des petites et moyennes entreprises (voir la méthodologie complète au bas de cet article). Dans la lignée de notre premier article de cette série explorant la gestion de la santé mentale au travail, nous allons étudier comment la pandémie de COVID-19 a affecté la vie professionnelle et l’état mental des employés.

Comment la pandémie a-t-elle affecté la santé mentale des employés québécois?

Pour évaluer l’impact de la COVID-19 sur le niveau de stress au travail, nous avons demandé aux Canadiens n’ayant pas changé de poste depuis 2020 de décrire leur santé mentale avant la pandémie, pendant la première année de la pandémie, puis en février 2022. De manière générale, les employés québécois interrogés rapportent une baisse de leur niveau de santé mentale (bien-être mental qualifié comme étant “excellent” ou “bon”) de 73 % à 54 %, soit une baisse de 19 points depuis le début de la pandémie.

L’impact le plus marquant sur la santé mentale des employés basés au Québec s’est produit au cours de la première année de la pandémie. La santé mentale dite positive a diminué de 25 points, passant de 73 % à 48 %. S’il y a bien eu une augmentation de 6 points du bien-être mental dit positif depuis 2020, près d’un employé sur cinq basé au Québec (soit 17 %) indique que sa santé mentale est à l’heure actuelle mauvaise ou très mauvaise.

Si l’on se penche sur les statistiques nationales, les employés semblent se porter un peu moins bien au niveau pancanadien qu’au Québec. 21 % des répondants nationaux rapportent un état de mauvaise ou de très mauvaise santé mentale.

Comment la pandémie a-t-elle affecté la santé mentale des employés québécois?

Quels sont les employés les plus touchés?

Les restrictions requises par la pandémie de COVID-19 ont également eu un impact notable sur les conditions de travail. Si environ 40 % des employés canadiens ont travaillé depuis leur domicile, le travail à distance n’était pas accessible pour tous les secteurs d’activité, ce qui a pu influencer le bien-être des employés. 

Les employés interrogés travaillant à distance ou se déplaçant d’un site à l’autre sont plus à même de décrire leur santé mentale de façon positive. 56 % des employés canadiens interrogés se déplaçant d’un site à l’autre disent jouir actuellement d’un “excellent” ou “bon” état d’esprit, tout comme 50 % des employés à distance. Ceux opérant selon un emploi du temps hybride (une partie du temps passé au bureau, une autre à domicile) disent avoir une santé mentale presque aussi bonne que les employés à distance (49 %).

 Les conditions de travail (à domicile, sur site, hybride) affectent-elles la santé mentale des employés canadiens?

D’après notre coup de sonde, les employés pancanadiens travaillant uniquement sur site sont les plus susceptibles de décrire leur état de santé mentale actuel comme étant négatif; il est mauvais pour 16 % d’entre eux, et très mauvais pour 8 %. Dans la première partie de notre étude, la majorité des participants ont déclaré que des horaires de travail flexibles constituent la ressource la plus précieuse pour maintenir un bon niveau de santé mentale. Cela pourrait expliquer pourquoi les employés pouvant se déplacer à leur guise rapportent une meilleure santé mentale que ceux qui travaillent uniquement sur site.

Les employés se sentent-ils plus stressés au travail?

Pour comprendre pourquoi la santé mentale des employés ne cesse de se détériorer depuis le début de la pandémie, il faut bien entendu prendre en considération le stress lié au travail. 53 % des employés québécois interrogés disent éprouver le même niveau de stress que l’an dernier, mais pour près d’un répondant sur cinq (19 %), le stress au travail semble avoir augmenté.

Loin d’être spécifique au travail, le stress peut également affecter les Québécois dans leur vie personnelle. Les participants à notre enquête basés au Québec déclarent éprouver régulièrement des symptômes d’épuisement professionnel provoqués par leur travail :

  • 37 % ont des problèmes de sommeil;
  • 28 % s’inquiètent constamment;
  • 23 % ont des difficultés à se concentrer;
  • 23 % se sentent régulièrement tristes.

Malgré la part des répondants qui signalent des effets négatifs sur la santé causés par le stress au travail, plus d’un tiers (34%) ne rencontrent aucun symptôme d’épuisement professionnel. 

Conseil pour les PME : Les employés souffrant de problèmes de santé mentale ne se sentent pas tous prêts à en parler sur leur lieu de travail. Offrez à vos équipes un espace virtuel où elles peuvent se renseigner sur les ressources disponibles en accédant au programme de bien-être de leur entreprise.

Quels sont les facteurs de stress les plus importants?

De nombreuses entreprises ont accéléré le passage au numérique de leurs processus pendant la pandémie de COVID-19. Par conséquent, les employés pancanadiens ont dû se former à de nouveaux outils. Selon notre sondage de 2012, 44 % d’entre eux ont acquis une nouvelle compétence depuis le début de la pandémie.

Si certains changements se sont avérés positifs, ce n’est pas le cas pour tous. Parmi les aspects de leur travail que les employés québécois trouvent le plus stressant, on peut citer l’augmentation de la charge de travail (28 %), les problèmes relationnels avec les clients (21 %) et la peur d’attraper la COVID-19 au travail (20 %).

Les facteurs de stress peuvent varier à travers le Canada. Les réponses nationales ne sont pas forcément les mêmes qu’à l’échelle du Québec. En l’occurrence, 23 % des employés pancanadiens ont cité avoir une charge de travail écrasante et insoutenable, contre 14 % des Québécois. Et si pour les participants nationaux, le peu de soutien de la part de leur responsable, cité par 22 %, fait partie des facteurs les plus importants, cela n’a été le cas que pour 14 % des Québécois.

Les facteurs de stress les plus significatifs selon les employés québécois

Conseil pour les PME : Les entreprises voulant réduire les facteurs de stress au travail doivent mener une enquête approfondie en interne. Utilisez des outils de sondage pour obtenir des informations sur mesure en interrogeant directement vos employés.

Les employés se sentent-ils protégés de la COVID-19 au travail?

La plupart des employés québécois travaillant sur site au moins en partie se sentent en sécurité avec les protocoles anti-COVID-19 mis en place par leur employeur. 38 % d’entre eux disent se sentir “très en sécurité” et 51%, “plutôt en sécurité”.  

Bien que les employés pancanadiens indiquent se sentir généralement protégés contre les risques d’infection, cela semble dépendre des conditions de travail. Les employés sur site en contact avec les clients sont les plus à même d’avoir peur d’être infectés par le virus au travail : 31 % de ces employés font état de cette crainte. Parmi les employés travaillant à domicile à l’échelle nationale, 18 % d’entre eux déclarent être préoccupés par l’éventualité d’une contagion à la COVID-19. En effet, ceux-ci pourraient se considérer à risque dans le cadre d’une manipulation de produit ou de services aux clients tels que pour une thérapie.

Existe-t-il un rapport entre les conditions de travail et la peur d'être infecté par la COVID-19 au travail?

Les employés pancanadiens en contact avec les clients sur site sont, eux aussi, plus susceptibles de se sentir vulnérables (12 % se sentent “quelque peu en danger” et 2 % se sentent “très en danger”) que ceux n’ayant aucun contact avec les clients sur site (5 % se sentent “quelque peu en danger” et 1 % “très en danger”).

Cependant, cette différence n’est peut-être pas uniquement due aux modes de travail. Des dirigeants d’entreprises ont rapporté des réactions hostiles et parfois même du harcèlement de la part de clients réfractaires aux protocoles/mesures contre la COVID-19; c’est l’une des raisons pour lesquelles les employés de quincailleries situées à Anjou et Pointe-Claire ont fait grève l’an dernier. Les problèmes de relations avec les clients ayant été identifiés comme étant une source de stress pour 21 % des employés au Québec, cela a pu empirer pendant la pandémie.

Conseil pour les PME : Quand ils doivent affronter des clients hostiles et la peur d’attraper la COVID-19, les employés aux postes en contact avec la clientèle ont besoin d’un soutien accru. Augmentez la fréquence des pauses, proposez des entretiens individuels entre employés et responsables, et encouragez le tissage de liens entre collaborateurs pour gérer le stress sur le lieu de travail.

Que peuvent faire les employeurs pour réduire le stress au travail?

La pandémie a eu de nombreux effets sur la santé mentale des collaborateurs, tant sur le lieu de travail qu’à la maison. Ces problèmes pouvant avoir un impact négatif sur les performances professionnelles et la productivité, il est évident que les entreprises doivent s’engager dans l’accompagnement des employés.

Il convient de prêter attention à l’influence que l’ambiance sur le lieu de travail peut avoir sur l’état mental des employés, et ce, même quand les mesures de distanciation sont appliquées. Recueillir l’opinion des employés sur leurs conditions de travail, que ce soit grâce à des entretiens individuels ou d’enquêtes anonymes, peut vous aider à informer et orienter vos décisions.

Notre enquête ayant montré que l’augmentation de la charge de travail impactait le stress au travail, les PME pourraient utiliser des outils de gestion de projet pour garder une trace des compétences individuelles et répartir les tâches en fonction des disponibilités. La création de programmes de bien-être et d’autres ressources de santé mentale pourrait soulager une partie de ce stress et offrir aux employés le soutien nécessaire pour préserver leur santé mentale au travail.

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Méthodologie de l’enquête :

L’enquête de Capterra sur la santé mentale au travail a été menée en ligne en janvier et février 2022. L’enquête a été remplie par 1 100 Canadiens. Pour les informations spécifiques au Québec, les réponses de 145 participants ont été analysées. L’échantillon de participants est représentatif de la population canadienne en termes d’âge et de genre. Les critères de sélection sont les suivants :

  • Doit résider au Canada
  • Doit être âgé de 18 à 65 ans
  • Employé à temps plein ou partiel
  • Occupe un poste à responsabilité, senior, intermédiaire ou débutant
  • Travaille dans une entreprise comprenant 2 à 250 employés
  • N’a pas changé de travail entre janvier 2020 et janvier 2022

Cet article peut faire référence à des produits, programmes ou services qui ne sont pas disponibles dans votre pays, ou qui peuvent être limités par les lois ou règlements de votre pays. Nous vous suggérons de consulter directement l'éditeur du logiciel pour obtenir des informations sur la disponibilité du produit et le respect des lois locales.

À propos de l'auteur(e)

Analyste de contenu pour Capterra, elle prodigue aux PME les conseils leur permettant d'améliorer leur organisation. Diplômée de l'Université du Michigan, elle vit à Barcelone.

Analyste de contenu pour Capterra, elle prodigue aux PME les conseils leur permettant d'améliorer leur organisation. Diplômée de l'Université du Michigan, elle vit à Barcelone.